J’ai tout vu… mais pas tout compris.

 

On vit une époque formidable, ne trouvez-vous pas ?

Où lorsqu’on veut apprendre quelque chose ou encore se perfectionner dans un domaine, il nous suffit de saisir un sujet sur Google ou de cliquer vers deux ou trois liens, et on obtient presque immédiatement une réponse. Rarement l’homme a eu accès à autant de connaissances, de tutoriels, de vidéos pédagogiques, d’affirmation ou de conseils postées par des gens à priori bienveillants… Bon, évidemment, là où ça se gâte, c’est que la réponse à nos questionnements peut carrément provenir d’une source plus ou moins bien renseignée, voire carrément tombée à côté, au pire, nous induire gravement en erreur.

Rien que dans le domaine de la batterie, Internet peut en effet avoir des effets très bénéfiques ou carrément désastreux, tant il existe aujourd’hui de sites pour communiquer, apprendre, échanger, discuter, poster ou liker des vidéos, demander des conseils, en recevoir…

Rien que sur Facebook on trouve pas mal de groupes dédiés à la batterie, avec pour certains de ces perles, c’est impressionnant !

Alors je me pose la question suivante : peut-on actuellement tout apprendre en ligne ?

Je vais vous la faire courte, en ce qui me concerne, c’est catégorique, et c’est non !

Or il y a des batteurs qui n’utilisent qu’ Internet pour apprendre et n’hésitent pas à s’adresser à la cantonade pour demander des conseils, sans se soucier de qui leur répond, sans connaître les antécédents, les compétences des uns et des autres, et qui prennent les réponses pour argent comptant, remercie leur interlocuteur, ce dernier se montrant ravi d’aider la communauté… Sauf que dans le genre conseils pourris, parfois l’interlocuteur, il ferait mieux de se les garder ! C’est un peu comme une épidémie qu’on essaierait d’arrêter, pendant que les mecs se refile la maladie en direct, devant tout le monde : « tiens, prends la seringue, elle est infecté mais c’est pas grave, ça me fait plaisir… ».

Dingue quant on y pense !

Bon d’accord, c’est moins grave qu’une épidémie, mais ces amateurs qui n’ont pas forcément accès un enseignement de qualité mais ont « faim d’apprendre » (comme j’ai pu le lire récemment sur un post, justement) se voient parfois orientés dans des directions assez absurdes. Je ne prétends pas avoir la science infuse, mais par exemple, lorsqu’un batteur poste une vidéo et demande un avis, ou même une photo de sa configuration, et que sa position est désastreuse (ça se voit immédiatement par rapport au positionnement de ses pédales et de ses éléments) et qu’on lui donne des conseils techniques (à la noix) pour aller vite –  au lieu de commencer par l’inviter à reconsidérer avant tout l’ergonomie de ses batteries – franchement, ça fait mal au coeur.

Je passe sur les vidéos en solo que chacun se réserve le droit de poster pour son bien-être personnel, car comme l’avait prédit Keith Haring « tout le monde mérite bien son quart d’heure de célébrité ».Ensuite, il y a toutes les covers (parfois d’excellente qualité), toutes les vidéos explicatives genre « je vais vous expliquer l’endorsement ou comment jouer comme un tel », ou pédagogiques, certains y allant avec une conviction souvent déroutante vu le contenu… Et puis il y a les mecs qui jouent grave, sur DRUMEO par exemple, dont la chaîne YouTube totalise pas moins de 600 000 abonnés ! Sur cette chaîne,tous les topics sont abordés. Pas la peine d’énumérer la liste, il y a tout… Sauf deux choses ! Il manque pour commencer l’explication de « comment le mec qui cause en est arrivé à jouer si bien ? », En terme de relaxation, d’assise, de respiration, de positionnement et mouvement des pieds, de gestuelle des bras, avant-bras, poignée, doigts, de tenue des baguettes, du ressenti du time, de la connaissance des grooves, sans parler de culture de la musique… Et j’en passe.

Et il manque surtout le même mec à côté pour corriger l’apprenti qui dévore ses vidéos.

Je prendrai deux domaines dans lesquels j’ai « faim de progresser », la natation et le surf. Je vais vous dire franchement, c’est cool de regarder Florent Manaudou nager et un mec expliquer en voix off le mouvement « idéal » avec un ralenti sur la vidéo (ce que ne font pas les batteurs chez de DRUMEO par exemple !), Mais je ne peux pas me voir nager, et donc je n’ai pas conscience de certains défauts à améliorer.

Ce n’est donc qu’avec de bons potes qui nagent en club depuis l’âge de sept ans que je progresse le plus, car ils me regardent et me corrigent. Idem pour le surf. Ce n’est qu’en pratiquant très régulièrement et grâce à des conseils hyper avisés, bienveillants et provenant de personnes expérimentées que j’avance, sans brûler les étapes et avec une vraie méthode de probation.

Regarder des vidéos peut m’inspirer, et mon oeil observera le moindre détail, après pour appliquer, c’est autre chose !

Pour revenir à la batterie, si l’on a assimilé toutes les bases du son du style visé, de la coordination, du time, du placement et de l’endurance, on peut s’attaquer aux « dix fills incontournables pour s’en sortir en lecture à vue », et à des dizaines ou centaines d’autres sujets parfois très bien traités.Mais si on joue tendu comme un arbre, qu’on a un son pourri, aucune conscience du comment réellement aborder la coordination et que le minimum de stabilité rythmique n’est pas acquis, on perd juste son temps (les vidéos DRUMEO durent une heure) à rêver de jouer comme le mec !

Ceci n’était pas du tout un coup de gueule, mais juste un conseil par rapport à cette mine incroyable d’infos trouvables sur le Net, pour laquelle un « tri sélectif » me semble indispensable, surtout pour les débutants et ceux qui n’ont pas encore les bases nécessaires.

En surf, par exemple, ça peut s’avérer carrément très, très dangereux dese lancer sans des bases sérieusement acquises auprès de pros.

Et ben vous savez quoi, il y en a qui n’hésite pas, juste parce qu’ils ont tout maté sur Internet !

(Laurent Bataille / batteur magazine sept.2017)

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